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Deux semaines en Thailande

Dimanche 3 août 2008 7 03 /08 /Août /2008 05:53
C'est les yeux pleins de merveilles et la mémoire remplie de souvenirs que je suis rentré à Hong Kong. J'avais à l'origine débarqué en Thaïlande un peu par hasard, et je ne connaissais du pays que sa réputation de paradis ensoleillé - réputation complètement justifiée. J'ai été d'autant plus surpris par la variété de tout ce que j'ai vu. Riche passé, nature magnifique, petites villes plongées dans la torpeur d'un été sans fin. Bangkok, à la fois bouillonnante et nonchalante, où l'aspiration à la modernité rencontre avec bonheur l'atmophère de l'Asie du Sud-Est. Et la nourriture n'était pas en reste! Pas plus tard qu'hier, j'avais encore envie d'une mangue au riz gluant et au lait de coco.

J'ai aussi eu la chance de découvrir le pays en compagnie de Thaïlandais. Il n'est pas facile quand on débarque dans un pays en tant que touriste de rencontrer ses habitants, j'ai pu ainsi en partie contourner cette difficulté. Les Thaïlandais m'ont dans l'ensemble semblé charmants, chaleureux et accueillants.

La diversité des pays asiatiques est étonnante. L'Asie du Sud-Est n'a que peu de ressemblances avec la Chine, et deux pays proches comme le Vietnam et la Thaïlande ont bien plus de différences que l'Allemagne et la France, par exemple. Il est donc d'autant plus intéressant d'y multiplier les voyages! Quoi qu'il en soit, je vous recommande chaudement de tenter votre chance avec la Thaïlande. Il s'agit notamment d'une destination idéale pour tous ceux qui manquent d'ensoleillement en hiver. L'infrastructure touristique est bien développée, et le pays est à mon avis plus facile d'accès que la Chine. En ce qui me concerne, je compte fermement y retourner, cette fois pour visiter le nord et l'est du pays.
Par Benoît Geffroy - Publié dans : Deux semaines en Thailande
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Vendredi 1 août 2008 5 01 /08 /Août /2008 15:53

Voilà, la nuit est tombée. J'avais beau avoir prévu le coup, se retrouver sans lumière à huit heures du soir c'est pas le pied. J'ai bien une petite lampe, mais je renonce vite à l'utiliser pour lire. A force de me rouler dans le sable, je finis par me creuser un lit à peu près adapté à la forme de mes lombaires. J'avais déjà dormi à la belle étoile, mais à chaque fois j'avais mon duvet et au moins une bâche en dessous. Tant pis, moi qui voulais de l'aventure, je n'ai plus qu'à assumer. Je me résigne donc à attendre le sommeil et l'aube.

Les vrais ennuis commencent quelques minutes plus tard. Ce que je prenais au début pour des démangeaisons dues au sable se transforme vite en douleurs qui m'épinglent les jambes. J'allume la lampe : des espèces de moucherons ont trouvé le chemin jusqu'à mon épiderme... et leurs piqûres deviennent très vite insupportables. Autant pour le bracelet anti-moustique que je porte depuis le matin.

Il fait complètement nuit, je suis absolument seul. Mon moral chute rapidement. Finalement, ça n'est pas si marrant que ça de faire le robinson. J'essaye tout de même de réfléchir. Je me suis allongé près des arbres, pour échapper à une éventuelle marée montante. Peut-être que si je m'éloignais de la forêt les insectes perdraient ma trace? Oui mais plus bas le sable est mouillé. Je me rappelle qu'au niveau des bungalows, au nord, la plage était plus large. En plus l'espace occupé par les bâtiments devrait faire tampon avec la forêt maléfique. Plus que d'échapper aux insectes, c'est la perspective d'être actif qui me décide. Mieux vaut marcher que rester allongé à subir. Je rassemble donc mes affaires dans le noir, et repars vers le nord. Heureusement que j'ai une lampe, car un champ de rochers encombre l'extrémité de la plage.

J'atteins finalement mon objectif, et m'installe cette fois en bas de la plage. Je m'allonge et attends avec anxiété le retour de mes tortionnaires chitineux. Mais non, ma peau ne détecte aucune nouvelle piqûre. Je dérive dans un sommeil léger... jusqu'à un réveil en sursaut. La mer est à moins de deux mètres de mes pieds. J'avais pourtant fait attention à m'installer loin de la ligne d'eau! Il va falloir que je me réendorme, tout est à refaire. Je remonte malgré tout mon paquetage d'une vingtaine de mètres, ce qui me ramène dangeureusement près des arbres. J'ai à peine le temps de m'allonger qu'il commence à pleuvoir.

Là, ça devient vraiment dur. En plus je me trompe dans les dates. Alors que nous sommes le 25 décembre, je m'imagine qu'il s'agit du 24 et que toute ma famille va bientôt commencer le repas de Noël. J'ai un gros coup de blues. Qu'est-ce que je fais sur cette plage moisie, où pluie et moucherons assoiffés de sang se liguent contre moi? Je me sens terriblement seul. Décidément, vivre dans la nature n'est pas si marrant que ça. Soudain, une lumière danse au loin sur le sentier. D'autres hommes! Voilà une occasion inespérée de ne pas finir la nuit seul dans mon trou. Mais malgré mes appels ils ne s'arrêtent pas. Je pense un moment leur emboîter le pas, mais ça ne serait pas raisonnable. Si ma lampe me lâche dans la forêt, je n'aurai que les moustiques et la terre battue du sentier pour me tenir compagnie jusqu'à l'aube. Je me résigne à endurer seul cette nuit. Finalement, je trouve refuge dans un des bungalows abandonnés. Une vieille paillasse pleine de sable me permet de trouver un semblant de sommeil.


Cette nuit a été vraiment pénible, mais a aussi été une expérience forte. Au moins maintenant je sais ce que c'est qu'être complètement seul. Et je sais aussi que je n'aime pas ça. 

Vers cinq heures du matin un rayon de lumière se faufile dans l'embrasure de la porte. Je sors et j'oublie instantanément tous les désagréments de la nuit.




L'air a la fraîcheur et la pureté des premiers instants du matin. La nuit que j'ai passée me semble tout à coup un bien faible prix à payer pour jouir de ce spectacle. Le ciel et la mer sont d'un bleu intense, tout ce que je vois me semble absolument neuf. Ce matin-là, c'est le premier matin du monde.

J'en profite pour faire ma toilette dans la mer, et manger quelques oreos. Je m'attarde pour lire un peu, puis repars. Ne comptant pas repasser une nuit dans le bungalow abandonné, il me faut revenir sur mes pas. Mais j'ai encore toute la journée devant moi. Je décide donc d'explorer l'extrémité sud de la plage avant de rebrousser chemin. Le soleil est déjà haut dans le ciel quand je me mets en route.



La plage est décidément très longue, il me faut bien plus d'une demi-heure pour la parcourir. Au bout se trouve une lagune, dont les eaux s'enfoncent paresseusement dans les terres.



Bien que je ne sois qu'au milieu de l'île, il m'est impossible de progresser plus au sud. Je décide donc de revenir par l'intérieur des terres.


Le paysage est très curieux. Passé le rideau d'arbres bordant la plage, le sol reste sablonneux. Seules y poussent les touffes d'herbe que vous voyez au premier plan, ainsi que quelques bosquets. Malgré l'absence apparente d'eau douce, la végétation ne semble pas sèche. Plus j'avance vers les montagnes, et plus les taillis se font denses, ralentissant ma progression. Avisant un arbre escaladable, je prends de la hauteur. Les montagnes sont encore loin... J'ai tellement envie d'aller voir ce qui s'y cache. Mais je sais aussi que je n'ai pas assez d'eau pour une telle escalade. Les monts de Ko Tarutao garderont donc leurs mystères.


Au nord, le terrain devient marécageux, je retourne donc sur la plage. Malgré le soleil, j'enlève mes chaussures pour marcher dans les vagues, une sensation toujours aussi agréable quel que soit l'endroit.

Dernière photo avant de quitter ma plage et d'entamer la marche du retour.


Puis c'est le champ de rochers...


... et les bungalows abandonnés. La marée est haute et le pont est submergé. Pour parer à cette éventualité, il existe plus haut un pont de singe. Vous pouvez discerner au fond ses deux cordes. Plus que le besoin de repos, c'est l'envie de tester le pont de singe qui me fait le traverser. Les cordes sont mal tendues, et je me retrouve à un moment plus proche de l'horizontale que de la verticale. J'atteins tout de même l'autre rive sans me mouiller. Une petite pause lecture, et je repars. Cette fois j'utilise le pont.


Sur le chemin du retour, je fais rapidement plusieurs rencontres avec la faune de l'île.

(indice : un lézard se cache sur cette photo)



A la sortie d'un tournant, j'aperçois au loin un troupeau de cochons sauvages. Je dis cochon, mais ils étaient couverts de poils noirs. Ils étaient cependant trop petits pour être appelés sangliers. Quoi qu'il en soit, voilà qui explique les empreintes vues sur la plage la veille. Ils s'égayent en grognant dès qu'ils me voient, si bien que je n'ai pas le temps de les prendre en photo. Apercevoir des animaux en liberté qu'on ne trouve d'habitude qu'au zoo m'aura en tout cas bien fait plaisir.

Un peu loin, un sentier que j'avais loupé à l'aller s'enfonce vers l'intérieur. Un panneau usé par les éléments indique simplement "waterfall, 3km". J'ai du temps devant moi, je décide d'aller voir.


Au bout de dix minutes, le sentier disparaît dans le ruisseau. Je continue à remonter le cours d'eau, tantôt en longeant la rive, tantôt sur les rochers qui encombrent le lit de la rivière. Marcher au fil de l'eau me change agréablement des sentiers de terre.


Cette fois, j'ai l'occasion d'observer la flore. Je n'ai cependant pas poussé l'étude jusqu'à goûter ces champignons.


Ici, un arbre avec de curieuses racines plates.


Ici, des épines que j'aurais préférées toucher avec les yeux plutôt qu'avec les mains.


Un peu plus loin, je tombe sur une fourche. Ne voyant pas de signe, je choisis la branche qui me semble se rapprocher le plus des montagnes. Cependant au bout de vingt minutes, je n'entends toujours aucune cascade. Je commence à fatiguer, je dérape de plus en plus souvent sur les pierres. Je décide de rentrer, si je me foule une cheville ici je risque d'avoir à supporter les moustiques plus longtemps qu'une nuit.

Sur le chemin je suis rattrapé par trois autres touristes, un Autrichien, son épouse phillipine et une Américaine enseignant en Thaïlande. Ils dorment aux villages de bungalows au niveau de la petite plage la plus au nord. Ils se contentent de tentes, mais je décide de louer un bungalow pour la nuit. Après ma paillasse sablonneuse, la petite masure me semble digne d'un quatre étoiles. Quelques moustiques réussiront cependant à passer outre la moustiquaire...


J'ai eu ma dose d'expérience solitaire. Qu'il y ait d'autres humains à moins d'un kilomètre de moi ne m'empêche donc pas de profiter de la magie du crépuscule.


Je ne peux insister assez sur le plaisir et le soulagement que j'ai éprouvés à retrouver d'autres humains ainsi qu'un vrai lit! Je sais maintenant que je suis définitivement grégaire :-)

Le lendemain, je pars d'un bon pas prendre le bateau de onze heures. Le moment du matin où j'entame le chemin est toujours aussi exaltant!


Voilà Ko Tarutao c'est fini. Ce récit est sans doute assez ennuyeux. Si j'ai pris soin de raconter la succession de mes états d'esprit, c'est parce ce voyage aura été une expérience très forte. Bien que mes idéaux d'aventure puissent sembler naïfs, j'ai vécu ce que je voulais vivre. Socrate serait content : maintenant je me connais un peu mieux.


Je ne résiste pas à la tentation de finir sur une touche d'absurde. Il s'agit d'une vidéo projetée dans le bus du retour. L'occasion pour vous d'entendre un peu de thaï! Spéciale dédicace au mec avec le pseudo-turban et le fut en cuir .

http://fr.youtube.com/watch?v=W0gwkynb9yw

 

 

Par Benoît Geffroy - Publié dans : Deux semaines en Thailande
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Mardi 29 juillet 2008 2 29 /07 /Juil /2008 16:11

Voilà le dernier article sur la Thaïlande, ainsi que le dernier reportage photo du blog. Je vous emmène à cette occasion loin de la ville, sur une île presque déserte.


Hong Kong. Confortablement installé dans un sofa du Starbucks de Hung Hom, je feuillete mon lonely planet en me demandant où je pourrais découvrir la nature thaïlandaise. Dans les dernières pages, celles consacrées à la mer andamane, je tombe sur Ko Tarutao. Une île transformée en parc naturel, sans lien de parenté avec les stations balnéaires qui infestent la côte.
Depuis que je suis en âge de rêver, mes lectures m'ont emmené dans bien des contrées inexplorées. Combien de rivages vierges ai-je parcouru depuis un lit ou une branche d'arbre? Mais l'aventure était restée imaginaire. Et le monde s'étant singulièrement rétréci depuis l'invention du satellite, je n'espérais pas vraiment posé un jour le pied en terra incognita.
Ko Tarutao se trouve au large de la frontière malaysienne, coté océan indien. D'après le guide, à part quelques bungalows rassemblés à la pointe nord, l'île est déserte. Ce qui laisse 25km au sud pour jouer au robinson. A moins de monter une expédition en Amazonie, il me serait difficile de trouver un endroit plus isolé. C'était l'occasion ou jamais d'expérimenter la vie seul dans la nature. Grass for my pillow! [de l'herbe pour oreiller]. Et je voulais de toute façon voir la nature thaïlandaise. Pourquoi pas là-bas? C'est ainsi que je prenais un bus de nuit pour Satun, une des principales villes du sud de la Thaïlande. J'avais trois jours pour ne pas me perdre.


Malgré l'absence de couchette, je dors assez bien. Au matin, c'est une scène nouvelle qui défile par la fenêtre du car. Des maisons aux murs blancs pontuent le bord de la route. Parfois une masure en tôle vient enlaidir un paysage par ailleurs assez quelconque. Mais les palmiers sont là pour rappeler que l'équateur n'est pas très loin!

http://fr.youtube.com/watch?v=9kdUoAF6Edc

Finalement j'arrive à Satun. On sent bien qu'on est loin de la capitale, l'ambiance fait très arrière-pays! Mais ce qui me frappe surtout, ce sont les dômes dorés des mosquées. De quoi rappeler au touriste que la frontière avec la Malaisie ne se trouve qu'à quelques dizaines de kilomètres, et que l'extrême sud de la Thaïlande est majoritairement musulman.


Acceptant une arnaque raisonnable, je monte dans une camionnette à destination du port.

http://fr.youtube.com/watch?v=Fz1wzf1VeuA

J'attends le bateau quelques heures, et finalement me voilà en route pour Ko Tarutao! Vue comme ça, l'embarcation a des airs de boat-people, mais ses moteurs nous éloignent rapidement de la côte.


Puis nous nous rapprochons des premières îles, promesses d'espace vierge et de tropique inconnu.



Pour faciliter votre orientation, voici une vue satellite de l'île. Elle fait vingt-cinq kilomètres du nord au sud, et onze d'ouest en est. Le bateau me dépose en haut de la plage nord-ouest (la fine ligne blanche le long de la côte)...


[travelling avant]

... et le paysage est à la hauteur de mes espérances. Je tombe instantanément sous le charme.



Mais je ne m'arrête pas rêvasser au bord de l'eau. Cet endroit n'est pas encore assez sauvage à mon goût! J'achète de l'eau et un peu de nourriture à la coopérative de l'île, et mets directement le cap au sud. Le moral et la forme sont au plus haut alors que je m'engage vers les profondeurs de l'île.


Je me retrouve vite submergé par la verdure. La végétation est luxuriante, sans me sembler particulièrement tropicale. La voûte des arbres me protège du soleil, et de temps en temps une trouée me laisse voir l'intérieur de l'île. Ces montagnes m'intriguent, mais je ne me laisse pas distraire : je veux aller le plus loin possible vers le sud aujourd'hui. Cela ne m'empêche pas de profiter pleinement de la nature et de la route qui ondule devant moi.


En chemin je croise une ruine d'une civilisation inconnue.


Ne craignant ni fantôme ni pilleur de tombes, je les explore de fond en comble. Las, il ne s'agit que d'une réserve d'eau.

Je suis l'unique route de l'île, qui relie le port au nord à un vague établissement sur la côte est. Ne faites pas attention au nom en bas de la carte, ça ne veut rien dire.


Sur la vue précédente, vous pouvez même voir l'endroit où je quitte la route, au niveau de l'extrêmité nord de la première petite plage. Le chemin serpente alors entre les collines. Par moment, une colonie de singes fuit à mon approche. Les feuilles se mettent à bruire, des cris perçants emplissent l'air, des formes noires bondissent vivement de branches en branches. Mais ils vont trop vite pour que je puisse les prendre en photo.


Peu de temps après avoir quitté la route pour le chemin de terre, je passe à proximité d'un village de bungalows. Jusqu'où faut-il aller pour trouver un peu de tranquillité? Une bonne heure plus tard, j'arrive au rivage. Il y a bien quelques bungalows, séparés de la plage par un petit cours d'eau, mais ils semblent déserts. Je foule le sable brûlant, et de petits crabes fuient devant moi à toute allure, de travers, comme s'ils n'osaient pas me tourner complètement le dos. Pas une âme en vue. Victoire! Mais je descends tout de même la moitié de la plage avant de poser mon sac.


Je suis trempé de sueur, et ma dernière douche n'est qu'un lointain souvenir. Je glisse dans mon maillot de bain... La température de la mer est parfaite.


Je me laisse flotter, et m'imprègne doucement de l'endroit. Je suis arrivé sur un bout de terre où il n'y a personne! Je ne suis pas spécialement misanthrope, mon idée est plutôt de vivre quelques jours seul dans la nature. Je suis étonné par la vitesse à laquelle je m'approprie l'endroit. Très vite dans ma tête il s'agit de "mon île" et de "ma plage". Comparée aux sables blancs et aux eaux turquoises des îles de l'est de la Thaïlande, ma plage n'a pas l'air bien tropical. Pourtant, cette lumière dans l'air, ces collines verdoyantes qui touchent le rivage... Pas de doute, je suis dans un endroit nouveau pour moi! Un peu plus tard, une moto portant un garçon et une fille passe en trombe, me rappelant que je ne suis pas seul au monde. J'aurais eu l'air malin s'ils avaient embarqué mon sac... Pourtant, je touche du doigt une sensation exultante, comme si tout d'un coup tout était possible. Je savoure le moment, laissant le sel de la mer me laver...




Une photo de mon "campement". Vous pouvez remarquer au premier plan le lonely planet ainsi que mes nombreuses bouteilles d'eau. Un peu plus haut, près des chaussures, le livre qui m'a fidèlement accompagné pendant le voyage : "Heaven's net is wide". Il s'agit de la préquel du clan des Otori, série relativement connue en France, dont je recommande vivement la lecture à ceux qui aiment les romans d'aventure. Il m'est devenu impossible de voyager seul sans lecture : un chapitre d'un livre pas trop exigeant me permet de ne pas saturer sur le contenu culturel/visuel. Enfin, par soucis de vérité, je précise qu'il s'agit bien de mon caleçon à coté. Malheureusement pour mes groupies, son motif n'est pas discernable.


Je tombe aussi sur d'étranges empreintes... Bah, je suis sûrement la plus grosse bête de l'île.



Je prends mon temps pour dîner, alors que la lumière diminue. Pour notre première rencontre, l'océan indien se pare de mille couleurs pour le crépuscule.


Mais voilà que la nuit approche, et avec elle le début des ennuis...

Par Benoît Geffroy - Publié dans : Deux semaines en Thailande
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Vendredi 25 juillet 2008 5 25 /07 /Juil /2008 13:53
Ce jour-là je me suis levé trop tard pour prendre le train pour Ayutthaya. Qu'à cela ne tienne, louer un taxi pour la journée restait très abordable. Une fois sur place, j'ai plus ou moins laissé le chauffeur me déplaçait de ruine en ruine, jusqu'à ce que la nuit tombe.

Comme je crois vous l'avoir dit, Ayutthaya fut la capitale de la Thaïlande avant l'avènement de Bangkok, il y a un peu plus de deux cents ans de cela. A l'époque, le royaume était connu sous le nom de Siam. Sa capitale était une des plus grandes villes au monde, puisqu'au tournant du XVIIIme siècle elle comptait un million d'habitants. On raconte aussi qu'il s'agissait d'une magnifique cité, parsemée de temples et de canaux. Les armées birmanes mirent un terme à cet âge d'or en 1767 lorsqu'elles mirent la ville à sac. Aujourd'hui Ayutthaya n'est plus qu'une petite capitale provinciale où somnolent environ cinquante mille habitants. Mais de nombreuses ruines de temple se dressent encore dans le centre de la ville, et c'est parmi ces vieilles pierres que j'ai passé mon après-midi.

Avant de commencer, une précision sur la langue thaïlandaise et les noms de lieux. Les Thaïlandais utilisent leur propre alphabet, mais il existe une transcription. J'ai cru comprendre que le ph se prononçait p et non f, et que le r se roulait à peu près comme en espagnol. Je sais par ailleurs qu'il y a quatre tons. Ce sont les mêmes qu'en chinois, à l'exception du ton complexe descendant-ascendant qui est remplacé par un ton bas. Morale de l'histoire : comme en Chine, inutile d'espérer que les habitants reconnaissent l'endroit dont vous parlez si vous vous contentez de bagayer à la française le nom figurant sur le lonely planet.

Commençons par Wat Yai Chai Mongkol. Enfin il semble que c'est son nom. Je n'ai pas mon lonely planet sous la main et internet me donne trois écritures différentes. Bien que le temple n'est pas été restauré, des moines continuent à l'entretenir. C'est une caractéristique d'Ayutthaya qui m'a étonné : malgré la ruine, la vie quotidienne continue autour des ruines, si bien que le passé n'y est pas vraiment mort. La vie continue à circuler entre les vieilles pierres, comme un torrent qui courrait au milieu de montagnes immobiles. En Europe la pierre appartient clairement au domaine de l'inanimé, pourtant ici on la pare de tissus safrans comme si elle était vivante.


A Ayutthaya, on peut toucher des statues centenaires, et en levant les yeux voir au loin un château d'eau. La conjonction des deux époques est tangible.


Alors qu'à Bangkok beaucoup de touristes sont occidentaux, j'ai croisé à Ayutthaya un grand nombre de visiteurs japonais. On en tirera les leçons qu'on veut...


Une petite vidéo au passage :

http://fr.youtube.com/watch?v=ISW1J-Jog34


Direction ensuite le Wat Mahatat. Ce temple est beaucoup plus grand que le précédent. Ou plutôt était, car cette fois-ci, il s'agit véritablement d'une ruine.


L'ensemble devait être assez monumental à l'époque. La tour arrondie au milieu de la photo est un prang. Les prangs sont des modèles réduits des temples d'Angkor, le royaume d'Ayutthaya s'étant formé suite à la chute de l'empire khmer. A l'origine, on pouvait rentrer dans ces temples. Par la suite, la structure a été rétrécie pour abriter des statues. Vous pouvez voir deux des niches où elles étaient exposées sur la photo, chaque prang en comptant normalement quatre. C'est clairement dans ce temple que j'ai le plus ressenti l'influence d'Angkor.


Comme vous pouvez le voir, le temple n'était pas seulement constitué de tours en plein air, il y avait aussi des halls. Difficile de s'imaginer à quoi ressemblaient les décorations, mais je suppose qu'elles étaient plus que riches.



Quoi qu'il en soit, se promener au milieu des vieilles pierres m'a procuré un plaisir rare. Je ne saurais trop expliquer pourquoi, d'autant plus que j'ignore presque tout de la culture thaïlandaise. Reste un doux parfum d'ancien, la satisfaction de voir le passé perdurer sous une certaine forme: Comme si les hommes d'antan continuaient à exister à travers ces colonnes et ces visages minéraux, polis par le temps.



Entracte ludique avant de passer au dernier temple : j'ai vu passer des éléphants au loin dans la rue. J'ai couru comme un gamin pour les voir de plus près. J'ai beau en avoir vu au cirque et au zoo, en voir dans la rue c'est quand même autre chose!

http://fr.youtube.com/watch?v=6rhTpTDvaAw


Direction maintenant le Wat Phra Si Sanphet. Celui-ci faisait parti des temples dits "royaux". En Thaïlande, chaque roi a son lieu de culte ; c'est souvent son successeur qui en achève la construction. Bien qu'ils s'agissent de temples bouddhistes, aucun moine n'y vit. A la place, on y célébrait de temps en temps une cérémonie en l'honneur du roi.
Wat Phra Si Sanphet a la particularité d'être dédié à trois rois (dont je nous vous infligerai pas les noms), et d'abriter leurs cendres. C'est pourquoi en son centre se trouvent trois grands chedis.



Là encore, tous les bâtiments ont disparu, seules quelques colonnes et pans de mur se dressent encore.  Mais à la fin de la journée ils se parent des magnifiques couleurs du crépuscule...


...et pour quelques instants on peut oublier qu'Ayutthaya a été détruite il y a bien longtemps, et se rappeler que le passé n'est jamais si loin que cela.

Par Benoît Geffroy - Publié dans : Deux semaines en Thailande
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Jeudi 24 juillet 2008 4 24 /07 /Juil /2008 13:00
Nakhon Pathom est une province thaïlandaise proche de Bangkok. Ajoutez le suffixe -City pour obtenir le nom de la capitale régionale. J'y ai passé une journée avec mon hôte thaïlandais, son ami Ted, et un couple de Français que connaissait ce dernier.

La ville est célèbre pour abriter la plus grande pagode au monde, Phra Pathom Chedi. N'allez pas imaginer une tour aux toits recourbés, il s'agit d'une pagode à la thaïlandaise, un chedi donc. Les pagodes sont normalement construites pour abriter des reliques, et à ce niveau Phra Pathom ne fait pas dans la demi-mesure : elle contiendrait les cendres du Bouddha. L'endroit a en tout cas une longue tradition religieuse. Bien que le chedi actuel date de 1870, la première construction remonterait au VIIème siècle.

Contrairement aux principaux temples de Bangkok, où la ferveur des croyants est quelque peu subjuguée par le nombre de touristes, les visiteurs de Phra Chedi étaient pour la plupart des fidèles. Ce fut l'occasion de vérifier la force du bouddhisme en Thaïlande : beaucoup de gens priaient, faisaient des offrandes. Evidemment je ne peux m'avancer quant à leur "sincérité" ; j'ai cru toutefois sentir une vraie foi (pas comme en Chine, soit dit en passant).


Bien que n'ayant rien demandé, je me suis vu proposer une offrande à déposer aux pieds de la statue. Cette dernière représente probablement Bouddha, mais j'ai suffisament consience d'être une buse en bouddhisme pour ne pas en être sûr. Quoi qu'il en soit, je me suis donc retrouvé avec une fleur de lotus, une bougie, quelques bâtons d'encens et une feuille d'or à offrir.


Il me semble que le lotus est un symbole de naissance, de commencement. Vous pouvez voir sur la photo comment j'ai maladroitement imité mon ami en pliant les pétales pour découvrir le coeur. Il fallait ensuite déposer la fleur dans une vasque. La bougie et le bâton d'encens devaient être allumés puis plantés, alors que la feuille d'or devait être collée sur une statue de bronze. En ce qui concerne la signification de tout ce protocole, les Thaïlandais m'ont recommandé un excellent site spécialisé en la matière, un certain google.com.

http://fr.youtube.com/watch?v=i6apc-moRxs

Une fois les rites satisfaits, il est temps de s'aventurer plus loin que l'autel frontal.



Malgré la force du soleil et l'heure peu propice (début d'après-midi), la lumière n'est pas écrasante. Elle met parfaitement en valeur les mosaïques mates qui recouvrent l'édifice. Aucun reflet ne vient agacer l'oeil alors que le regard balaie les surfaces rondes et polies du chedi. Les couleurs, plus profondes que brillantes, plus chaudes que vives, se marrient avec génie au blanc des murs et au bleu du ciel.




Après la visite, nous nous sommes dirigés vers le centre-ville pour déguster une glace au taro. L'occasion de photographier de loin les cent vingt mètres et quelques de la pagode...


... et de vous montrer une ville thaïlandaise typique, endormie dans la chaleur. Quelques deux-roues, ou bien alors une rare voiture, viennent remuer un air chaud et sec. Les habitants eux-mêmes ne s'y risquent pas, et restent à l'ombre de leurs échoppes.



Pour finir la journée, les Thaïlandais nous emmènent dans un marché  local. Les étals regorgent de fruits exotiques à la peau jaune, verte ou rouge, si charnus qu'on a envie de les mordre jusqu'à ce que le menton dégouline de jus. Une suave senteur sucrée parfume les allées alors qu'ici et là une fumée de grillade monte vers le plafond de tôle.



Nous embarquons ensuite pour une courte croisière sur la rivière locale. Les toits des bâtiments qui la bordent ne sont pas tous d'acier nu.





Le chedi était magnifique et méritait bien la visite. La ville elle-même était moins urbaine que Bangkok, est sans doute plus représentative de l'ensemble du pays. Bref, une journée bien occupée!
Par Benoît Geffroy - Publié dans : Deux semaines en Thailande
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Mardi 8 juillet 2008 2 08 /07 /Juil /2008 14:14
Dusit est le district royal de Bangkok. S'y promener permet de se plonger dans l'histoire récente de la Thaïlande, ainsi que d'apprécier quelques étonnantes constructions.

Tout commence il y a un siècle, lorsque le roi Rama V décide de déménager. Il fait construire au sein d'un même quartier plusieurs bâtiments, et notamment un nouveau palais. Ce dernier est toujours habité par le roi, et on ne peut le visiter. L'assemblée nationale, ainsi que de nombreux ministères, se trouvent aussi à Dusit.

Le principal centre d'intêret du district est la salle du trône d'Ananta Samakom.


Non cette photo n'a été prise ni dans la vallée de la Loire ni dans la campagne anglaise : il existe bel et bien un palais de marbre blanc à Bangkok! Conçu à l'origine pour les audiences royales, le bâtiment abrite aujourd'hui des oeuvres d'art appartenant à la Couronne. Les pièces exposées sont toutes récentes, confectionnées à l'occasion d'une célébration ou d'une d'autre. Chaises, barges miniatures, bijoux divers, tous sont entièrement dorés, et parés de mille détails délicatement sculptés.


Le décor extérieur ne m'a pas particulièrement transcendé, mais l'intérieur méritait la visite. Même si, respect du lieu royal oblige, il a fallu que je m'enroule dans un sari pour cacher mon short et mes jambes velues. Les peintures murales reprennent les thèmes grandiloquents des châteaux européens, avec un style peut-être un peu plus naïf. La vraie originalité est que cette fois, ce n'est pas un Dieu à barbe grise qui rayonne au dessus du dais, mais un Bouddha doré! De même, les fresques s'inspirent de la faune et la flore locales. Versailles ne m'a jamais pas habitué à voir des tigres bondir sous les plafonds, ce fut donc une expérience rafraîchissante!


Cependant, ce n'est pas le coté folklorique de l'endroit qui m'a le plus fait réfléchir. A premier abord, on peut trouver le palais un peu kitsch. Pourtant, le résultat est là : la Thaïlande est le seul pays d'Asie, avec le Japon, à avoir échappé à la colonisation. Le mérite en revient au roi Rama V, celui qui a fait construire Dusit, pour ceux qui ne suivent pas. Ayant reçu la meilleure éducation, il sut adopter la bonne distance vis-à-vis de l'Occident : assez proche pour abolir l'esclavage et apporter le chemin de fer, mais suffisament indépendant pour ne pas être satellisé. Peut-être le palais de marbre permit-il au roi d'être pris au sérieux par les émissaires des puissances occidentales? Il est évidemment facile de refaire l'histoire avec des si, mais les racines de l'actuelle (relative) prospérité de la Thaïlande prennent peut-être leurs origines ici.

(sans transition, une photo du palais de Vimanmek, derrière Ananta Samakom, où logeaient les diplomates de passage)



L'héritage de Rama V peut en fait être discuté. Après son règne, la Thaïlande connut une période difficile. Faut-il blâmer ses successeurs, ou bien les réformes du roi furent-elles trop rapides? Quoi qu'il en soit, Rama VII dut abdiquer en 1935. Par la suite, le pays cahota sous la dictature militaire (un épisode à replacer dans le contexte de la Guerre Froide, et surtout du Vietnam), et dut attendre les années 80 pour commencer à goûter à la démocratie.
Le Japon et la Thaïlande ont tout deux su éviter la colonisation, mais ont suivi des routes bien différentes. Comment expliquer ce résultat?  C'est sur cette question que je méditais vaguement en sortant du palais. Le peuple thaïlandais a en tout cas choisi son camps, et voue de nos jours un véritable culte à Rama V, comme l'atteste les fleurs et les bougies ornant le pied de sa statue.


Le roi actuelle, Rama IX, jouit lui aussi d'une excellente popularité. Et encore, ces mots sont trop faibles pour décrire l'adoration que lui voue son peuple. Je manque d'informations fiables à ce sujet, mais il a à plusieurs occasions tempéré la transition d'un régime à un autre (comprendre : coup d'état), et a facilité la transition démocratique. Son influence est telle qu'une de ses interventions peut suffire à disperser une manifestation qui pourrait autrement mal tourner. Il a par ailleurs lancé et financé bon nombre de programmes de développement. En cherchant du coté des années de dictature, on pourrait sûrement trouver des zones d'ombre au règne du roi. Il n'en demeure pas moins une sorte de souverain idéal, aimé du peuple et de l'étranger, à l'influence définitivement bénéfique.
Reste la question du crime de lèse-majesté, un délit existant encore en Thaïlande. Il se murmure que les lois interdisant toute critique de la monarchie protège avant tout l'establishment. Le roi lui-même a déclaré lors d'un discours qu'il n'était pas au-dessus de la critique. De plus, le prince héritier est loin d'être aussi apprécié que son père. La monarchie thaïlandaise a donc encore quelques défis à relever.
Par Benoît Geffroy - Publié dans : Deux semaines en Thailande
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Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /Juil /2008 14:33

Bangkok a plusieurs sites touristiques de premier ordre, mais ses rues valent elles aussi le détour. La ville est avant tout asiatique. Un peu partout, on trouve des échoppes, des restaurants, mais aussi des tuktuks (successeurs motorisés des pousse-pousses) et des salons de massage. Le tout est peuplé par une foule animée.

 

 

La Thaïlande ayant échappée au communisme, elle a pu conserver sa foi bouddhiste. C’est pourquoi en se promenant on passe souvent devant des temples – ou wat, comme on dit là-bas. En version grandiose…

 

 

… ou avec un caractère plus discret.

 

 

Au cours de ce séjour j’ai compris que l’Indochine avait une unité culturelle propre. L’atmosphère des rues est différente de celle qu’on trouve en Chine, mais est comparable à celle que j’avais rencontrée à Hanoi. Les différences sont furtives. On peut les trouver dans le climat, plus chaud et ensoleillé, sur la peau des habitants, plus mate, dans la taille des villes, plus humaines. Le bruit de la rue n'est pas le même, et les langues du sud-est asiatique sont moins sonores et plus liquides. Une Méditerranée asiatique, en quelque sorte.

 

 

Les pays appartenant à cette communauté culturelle sont le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Birmanie et la Thaïlande. Et c’est cette dernière qui fait office de leader pour la zone. Le Cambodge et le Laos sont en effet pauvres et peu peuplés, alors que la Birmanie est complètement isolée. Le Vietnam a pris du retard pendant la période communiste, et suit actuellement avec succès le modèle chinois, mais demeure moins riche que la Thaïlande (Saigon, la capitale économique du Vietnam, que je n’ai pas visitée, doit pourtant beaucoup ressembler à Bangkok). La Malaisie connaît un succès économique certain, mais sa foi musulmane la rapproche plus de l’Indonésie. Bangkok est donc devenue, plus ou moins par élimination, la capitale de l’Asie du Sud-Est. C’est pourquoi on y trouve bon nombre de sièges régionaux d’organisations internationales.

 

 

Ce sont donc ces rues que j’ai arpentées pendant quelques jours, parfois un peu au hasard. Bien que Bangkok dispose d’un métro, celui-ci se tient soigneusement à l’écart de la moitié ouest de la ville, là où se trouvent les principales attractions touristiques ainsi que les quartiers "typiques". J’ai donc du choisir entre la fatigue provoquée par la marche et celle due au marchandage avec les chauffeurs de taxi.

 

 


A Bangkok tous les tuktuks mènent à Khao San, la rue des touristes. Pour reprendre les mots de Ted, un ami de mon hôte que j'ai rencontré sur place, il s’agit du "seul endroit en Thaïlande n’appartenant pas aux Thaïlandais". Effectivement, à toute heure du jour et de la nuit, une foule de blancs arpente la rue. Le soir, clubs et restaurants tournent à plein régime. Et pour cause : la Thaïlande n’attire pas tant pour ses temples que pour ses fêtes. Beaucoup d’occidentaux font le voyage avant tout pour s’amuser, la réputation des Full Moon Parties ayant traversé les océans. Les Thaïlandais et l’Etat, trop heureux de l’aubaine, font leur possible pour entretenir le phénomène, et y arrivent plutôt bien. Il faut dire que le pays a tout pour satisfaire les malchanceux nés sous un tropique moins clément. La nature est merveilleuse, les habitants sont très accueillants, il y fait chaud et beau quand en Europe on peine à traverser l’hiver, et la vie n’y est pas chère. Contrairement au Vietnam, l’arnaque de touristes n’y a pas atteint le rang de sport national (étonnamment, c’est la Premier League qui monopolise cette place). Enfin, le tourisme sexuel est bel et bien présent, mais il est loin d’avoir pignon sur rue – du moins dans les endroits que j’ai visités.

 

 

Dans la journée, l’activité ralentit à peine. Etals de souvenirs disputent le pavé aux stands de nourriture. La cuisine thaïlandaise est succulente. On trouve d’abord le pad-thai, mélange de nouilles sautées et de légumes variés, assorti d’un peu de viande et d’œuf. Le riz au curry est aussi un plat national, et se décline en une infinité de recettes différentes. Les épices sont normalement assez présentes, surtout dans le nord-est du pays (où d’après Ted, un bon repas est celui qui fait pleurer l’ensemble des convives), et se retrouvent entre autre dans la traditionnelle salade de goyave. Mon grand favori restera la mangue au lait de coco servie avec du riz gluant : depuis le jour où j'en ai mangée, je peux mourir en paix.

 

 


Eloignons-nous de Khao San, lieu sympathique au demeurant, pour nous perdre dans quelque ruelle anonyme. Quelle ne fut pas ma surprise, au beau milieu de nulle part, de tomber sur un marchand de coffres-forts. Une de ces découvertes improbables qui font le charme de l’Asie.

 

 

Un peu plus loin, je tombe sur un hangar abritant un marché. Je ne comprends pas ce que sont la moitié des denrées vendues, mais ça ne m’empêche pas de profiter de l’endroit. Quelques vendeurs dynamiques hèlent le client, pendant que d’autres somnolent. L’entassement des marchandises me semble joyeusement désordonné alors que je parcoure les allées, le sourire aux lèvres.

 

 

La même en mouvement, pour mieux s’y croire.

 

 

http://fr.youtube.com/watch?v=ZYcnCAmTo_4
 


Dernière étape de cet article, la Chinatown de Bangkok. Comme à peu près tous les pays du monde, la Thaïlande possède sa diaspora chinoise.

 

 

L’espace de quelques rues, l’alphabet thaïlandais fait place aux sinogrammes (en écriture traditionnelle, s’il vous plaît), et je me retrouve face à un spectacle que je connais bien !

 

 


Mais même le quartier chinois garde cet accent indochinois qui sent bon le soleil, mélange d’animation et de nonchalance. Les rues de Bangkok nécessitent certes un effort pour être découvertes, mais elles le méritent largement. En guise de résumé, je vous quitte sur une vue panoramique présentant les principales facettes de Bangkok.





Par Benoît Geffroy - Publié dans : Deux semaines en Thailande
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Mercredi 2 juillet 2008 3 02 /07 /Juil /2008 13:38

Pour ma première matinée à Bangkok, mon ami me proposa de m'emmener au grand palais. L'accueil que m'avait réservé sa famille la veille m'avait donné une excellente première impression de la Thaïlande, il restait donc à transformer.

Je n'avais pas la moindre idée de ce que j'allais découvrir. Au Vietnam, j'avais bien senti l'influence chinoise dans les quelques bâtiments anciens ayant survécus aux guerres. Je m'attendais vaguement à retrouver quelque chose du même ordre, en plus vivant peut-être.


L'histoire du grand palais est celle de la Thaïlande moderne, et remonte à environ deux cents ans. Mais la nation thaïe est plus ancienne que cela. Si vous avez espéré échapper au quart d'heure historique, c'est râpé.

Au début du second millénaire, l'Indochine est dominée par le royaume khmer d'Angkor (actuel Cambodge). Comme tous les empires, il finit par péricliter, si bien qu'au XIVème siècle les deux puissances dominantes sont le royaume des Viets, à l'est, et le royaume d'Ayutthaya à l'ouest. Ce dernier est le prédécesseur de la Thaïlande, et occupe approximativement les frontières de l'Etat actuel. Le bouddhisme fleurit, les arts s'épanouissent, âge d'or, etc. Jusqu'au jour où, vers la fin du XVIIIème siècle, les Birmans mettent à sac la capitale. Une fois l'envahisseur repoussé, une nouvelle dynastie prend le pouvoir, et le siège du pouvoir est déplacé à Bangkok, jusqu'alors ville de second plan. Le roi y fait construire un palais, ainsi qu'un ensemble de temples inspirés de ceux d'Ayutthaya. Deux cents ans plus tard, le roi n'habite plus là, mais temples et palais existent toujours.

Avant même d'entrer, j'ai déjà un aperçu. Mais?! Les toits ne sont pas recourbés à la chinoise? Ils n'ont ni dragon ni tuile ronde!? C'est révolutionnaire!


Une fois dans la place, je suis immédiatement pris par le spectacle. Ça ne ressemble à rien que j'ai déjà vu. La forme des bâtiments, leurs décorations, leurs couleurs, tout est nouveau, éclatant, presque aveuglant.


La densité de temples et de reliquaires est telle que je ne sais pas quoi photographier. De toute façon, je n'ai pas la place de reculer pour avoir une vue d'ensemble. Et il y a tellement de détails partout... Des flammes dorées lèchent les faites des toits, des personnages mythologiques ornent frontons et rembardes, et de fines flèches s'élancent vers le ciel. Où que le regard se porte, il est accroché par l'éclat d'une pierre au soleil, par le reflet d'une dorure.


Le grand bâtiment à droite est le temple du Bouddha d'Emeraude, l'endroit le plus sacré du bouddhisme thaïlandais. On peut y rentrer à condition de se déchausser. La statue elle-même est toute petite, et disparaîtrait presque sous les offrandes.

Malgré toute cette pompe, on reste très loin du kitsch. L'omniprésence de l'or et le foisonnement des pierres colorées renvoient plutôt un sentiment de sublime, ainsi qu'une certaine puissance. Alors que Versailles ou la Cité Interdite jouent plutôt sur l'immensité de leurs surfaces, ici l'oeil est véritablement émerveillé par la concentration de détails aux formes raffinées et aux couleurs éclatantes. Le champ de vision de l'homme est tout simplement trop large pour embrasser une telle scène d'un seul coup!



Je suis au départ un peu perdu, égaré au milieu d'une mer d'or. Mais l'endroit n'est en fait pas si grand que cela, et une fois le premier choc passé, je prends mon temps pour appréhender chaque détail.

Je n'avais jamais soupçonné qu'une architecture pouvait utiliser le doré et le brillant dans de telles proportions. Le résultat, d'une beauté majestueuse, atteint pourtant l'harmonie.


Par endroit, le brillant cède la place à la céramique. Il s'agit là du seul élément de décoration rappelant un tqnt soit peu la Chine.


La religion thaïlandaise est un bouddhisme Theravada (plus connu en France sous le nom de "Petit Véhicule") saupoudré d'hindouisme. Les sculptures ci-dessous représentent l'oiseau Garuda, la monture du dieu Vishnou, en train de faire la peau au serpent Naga. Comme en Chine et au Japon, le bouddhisme s'est mêlé naturellement à d'autres croyances. Le concept est difficile à admettre pour nous-autres héritiers des religions du Livre, mais le bouddhisme est tel qu'il peut coexister avec, voire compléter, une autre foi.



Les murs extérieures sont recouverts de fresques évoquant le Ramayana, sorte d'Illyade à la sauce hindou. Faute d'auréoles et de queues fourchues, je n'ai pas pu distinguer les gentils des méchants. En tout cas les personnages n'ont pas l'air commode.

http://fr.youtube.com/watch?v=rcltTITXGTE


Revenons à des considérations plus matérielles et parlons du climat. Ne vous laissez pas bluffer par les nuages gris, il faisait en fait très chaud et il y avait beaucoup de lumière. L'hiver thaïlandais correspond à un bon été français, avec un air sec aux alentours de 30°C. Ceci explique en partie la quantité de touristes blancs présents à Bangkok, un séjour hivernal en Thaïlande étant un remède tout indiqué au manque d'ensoleillement. Du coup évidemment l'été la température monte à 40°C, et il vaut mieux de pas mettre le nez dehors.



Les bâtiments effilés et dorés sont des chedis. Il s'agit en fait de la version thaïlandaise du stupa, cet édifice bouddhiste où l'on conserve les reliques des saints hommes. On en trouve au Tibet sous le nom de chorten, alors qu'en Chine et au Japon ils ont évolué pour donner les pagodes. Les bâtiments bleus à l'extrémité arrondie ont aussi une fonction religieuse, mais je ne sais plus laquelle.



Encore une figure mythologique dont j'ignore la signification. Bon évidemment je peux toujours affirmer qu'il s'agit d'une divinité protectrice... Pour ceux qui veulent en savoir plus, wikipedia me souffle dans l'oreillette que ça s'appelle un "yaksha".



Pour finir, n'oublions pas que l'ensemble était à l'origine le palais royal. Même si celui-ci a déménagé il y a longtemps, le bâtiment perdure. Notez l'omniprésence des deux drapeaux. Le rayé, pour la Thaïlande, et le jaune uni, pour le roi. Les Thaïlandais vouent un respect profond à leur souverain, qui a fêté il y a peu ses quatre-vingts ans. Plus de détails à ce sujet dans un prochain article.


Une dernière photo avant de partir, histoire d'enfoncer le clou.


Vous l'aurez compris, pour ma première visite à Bangkok je n'ai pas été déçu. Le grand palais a fait du bon boulot et a achevé de me convaincre que, décidemment, la Thaïlande n'était pas le Vietnam et encore moins la Chine. Contrairement à l'architecture chinoise traditionnelle, qu'on peut tout de même apercevoir dans pas mal de films, rien de prépare le visiteur occidental à ce style chargé et majestueux. Bref, il s'agit d'une visite indispensable.

Par Benoît Geffroy - Publié dans : Deux semaines en Thailande
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 13:43
La Thaïlande a été la destination de mon dernier voyage. Celui-ci a eu lieu fin décembre, et a duré deux semaines. A l'origine je voulais me rendre au Xinjiang, la province semi-désertique a l'extrême-ouest de la Chine. Je voyais cela comme le voyage du bout du monde, l'occasion de mettre en pratique tout ce que j'avais appris concernant la survie en milieu étrange. Toutefois, la météo annonçant des températures inférieures à -10°C, j'ai du jeter mon dévolu sur une terre moins extrême. Je décidais donc de partir en Thaïlande, principalement pour y revoir un ami de lycée. De nationalité thaïlandaise, celui-ci venait de finir ses études en France et était tout disposé à m'accueillir pour l'occasion. Un A330 de Sri Lankan Airlines me déposa donc à Bangkok, par ce qui serait en France une chaude nuit d'été.

J'avais à l'origine une idée simpliste de la Thaïlande, je ne voyais pas trop quoi y faire à part bronzer. L'acquisition du Lonely Planet Thaïland, et de nombreuses séances de lecture au Starbucks du coin, me convainquirent du contraire. Au programme, de la ville à Bangkok, de la nature à Kho Tarutao (île-parc naturel au sud du pays, coté Océan Indien), et de la vieille pierre à Ayutthaya.

Je fis ce voyage un peu par désoeuvrement, pour profiter de l'Asie avant de rentrer. La Thaïlande n'était pas une destination qui me faisait rêver, comme l'avait été le Vietnam et la Baie d'Halong. Mon séjour fut pourtant riche en découvertes, en surprises et en enseignements, et devint un des moments les plus mémorables de ces six mois en Asie.
Par Benoît Geffroy - Publié dans : Deux semaines en Thailande
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